L’école du crime (partie 3)

Mûr pour la « grande école » du crime

 

[…] Si l’épouse prend la nouvelle voiture de son mari et en cabosse l’aile en rentrant dans le garage, elle pique une crise de rage, lance des objets et se sent vraiment maltraitée si son mari lui demande gentiment de faire plus attention la prochaine fois.

Quel est alors le processus mental d’un garçon de dix-huit ans quand ses aînés font preuve d’une telle absence stupéfiante de bon sens ?

À cinq ans, on l’a mis à l’école. Là, on lui a appris en même temps que son alphabet qu’il grandirait pour devenir un citoyen important en ce monde. À la maison, on attend généralement de lui qu’il soit quelqu’un quand il sera « grand ».

Ce virus apparemment inoffensif l’accompagne jusqu’à l’adolescence. À ce stade, voyant qu’il approche de l’âge adulte et qu’il prend une place importante au soleil, il laisse se développer les germes au-delà de tout espoir d’immunisation.

Et puis, à seize, dix-sept ou dix-huit ans, une vérité grossière s’érige devant lui telle un mur de béton, et il fonce dedans et se meurtrit.

L’expérience lui a appris, par dosages écœurants, qu’il y a seulement deux personnes au monde qui se soucient du fait qu’il vive ou meurt. Mais il ne peut pas toujours dépendre de son père ou de sa mère pour le sentiment d’importance dont il a besoin.

Alors surviennent différents événements, jamais identiques d’un cas à l’autre. Une troisième personne tourne son attention vers lui et il veut avoir de l’argent, ce dont on le prive par les filières habituelles parce que le monde se moque de lui donner un travail. Il souhaite apparaître important ou audacieux aux yeux de ses camarades. Il ressent un besoin concret et criant d’argent, il a faim ou froid.

C’est là l’étendue de sa criminalité pour l’instant. Il est jeune et par conséquent n’a pas une longue expérience éprouvante pour lui dire que l’argent le plus facile est celui gagné avec le plus de sueur. Il ne se considère pas comme un élément constitutif de la société. Il est un individu et a besoin de quelque chose.

Il lui est facile de s’attribuer plus de ruse qu’il n’en a réellement. Après tout, il ne connaît rien de la LOI. Il n’a entendu parler d’empreintes digitales que dans un roman policier.

Très bien, le monde a failli à ses engagements. Il a été dupé. Le travail qu’on lui a toujours laissé croire qu’il obtiendrait n’était qu’un mirage. Tout le reste est donc un mensonge et la société est mauvaise parce qu’elle se fiche éperdument de ce qui lui arrive tant qu’il se tient hors du chemin.

Combiné avec ça, il s’ennuie. La vie, il ne le sait pas, est une routine terne et monotone tant que l’homme reste sur les trottoirs vastes, mais bondés.

Ainsi il franchit la ligne et commet son premier délit. Sa main tremble tant qu’il n’arrive pas à voir le viseur de son calibre 22 rouillé. Il ne peut qu’entendre le vrombissement du sang dans ses oreilles et des sons qui n’ont jamais résonné. Il oublie où regarder pour trouver l’argent. Il fait trop de bruit. Il n’arrive pas à maîtriser sa voix.

Suffoquant tant il est à bout de nerfs, il s’enfuit en courant et derrière des portes fermées, il regarde fixement les quelques billets fripés. Tout de même, ils lui appartiennent par droit de possession. En les obtenant, il a obéi à un besoin naturel d’émotions fortes, de nourriture, de vêtements ou bien de cette façade nécessaire pour sa copine ou ses copains.

Et maintenant arrive le facteur décisif de sa vie. Soit la police l’attrape, soit elle ne l’attrape pas. S’il lui échappe, il essaiera peut-être un autre « coup » ou deux, enhardi par son premier succès. Mais avant un temps étonnamment court, il se heurtera à « un os ». Au cours d’un braquage d’amoureux de bancs publics, l’homme lui dit de disparaître et tente de s’emparer de l’arme ; le jeunot s’enfuit et jure de ne plus jamais s’écarter du droit chemin. Dans une station-essence, le pompiste tend la main pour saisir une clé à molette et de nouveau le jeune fuit, terrifié. Dans la majorité de ces cas, le jeune se sépare alors définitivement de son calibre 22 et quelques années plus tard se rappelle sa « carrière criminelle » avec un sourire en coin et peut-être même un certain malaise.

S’il est pris, il est perdu. Debout, nerveux et trempé de sueur, il lève les yeux vers le juge vêtu d’une robe noire, qui ressemble étonnamment aux ailes miteuses d’un vautour. Le jeune est en fait en train de s’entendre dire : « Vous êtes condamné par la présente… »

Aussitôt qu’il arrive à se convaincre qu’il s’agit bien de la vie et pas d’un cauchemar, il commence à croire que les mots étaient en fait : « La société regrette que vous soyez jamais né. » Non pas en ces termes-là, bien sûr. Mais le sentiment y est.

Depuis le moment où il a commencé à penser au crime jusqu’à maintenant, il n’avait que partiellement l’impression que le monde ne voulait pas de lui. Cette vérité le frappe de plein fouet désormais. La société ne veut pas de lui. Il avait raison !

D’une façon des plus dédaigneuses, un juge à la tribune, tout en se demandant ce que sa femme allait faire pour le dîner, a terminé la métamorphose des idéaux de ce jeune homme.

Il est mûr pour la « grande école » du crime. Aucun professeur de bêtisologie n’a jamais eu affaire à un étudiant aussi ardent.

[…]

Voir partie 4

Le texte « L’école du crime » écrit par Ron Hubbard est disponible dans son entièreté dans le livre Le philanthrope : La route vers le respect de soi-même de La Collection L. Ron Hubbard.