Prosélytisme : une pratique de la Scientologie ?

Oui. Mais qu’elle est la véritable définition de « prosélytisme » ?

Prosélytisme : une pratique de la Scientologie ?

Le « prosélytisme » est défini dans le Petit Robert comme « le zèle employé pour répandre la foi. »

Dans la plupart des religions occidentales, on naît catholique, protestant, israélite ou musulman, l’individu dès son plus jeune âge apprend à suivre les rites et les règles de sa religion sans se poser trop de questions. Très souvent, ces rites sont l’occasion de réunions familiales et donc semblent resserrer les liens familiaux. Il en est tout autrement pour la Scientologie ; on ne naît pas scientologue, on le devient, c’est un choix personnel qui nécessite une prise de conscience.

Mais comment devient-on scientologue ?

On le devient en lisant un livre, en en entendant parler par un ami, en lisant une brochure, un prospectus ou en faisant un test de personnalité ou en venant visiter une église de Scientologie. Mais, à chaque fois, il y a un ingrédient nécessaire supplémentaire, c’est vouloir améliorer un aspect de sa propre vie ou vouloir aider les autres à s’améliorer, sans cette volonté, on ne devient pas scientologue.

Cette volonté, cette prise de conscience se développe soit en suivant un cours de base, de l’audition ou même un test de personnalité, qui permettra à la personne de faire le point avec elle-même dans les zones de sa vie. Mais la première étape est de ressentir un besoin de changement pour passer ensuite à une demande d’amélioration tout cela est décrit précisément en Scientologie sur le tableau appelé Pont vers la liberté totale qui contient une échelle graduée des niveaux de conscience. Pour la religion de Scientologie, le salut passe par l’amélioration du niveau de conscience de la personne, étape par étape.

Il est donc nécessaire que la Scientologie se fasse connaître auprès de tous, par des activités de prosélytisme. Dans toutes les religions, les activités de prosélytisme existent, qu’elles soient qualifiées d’activité missionnaire ou devoir d’évangélisation, ces activités sont inhérentes et peuvent se définir comme « le zèle déployé pour répandre la foi et rallier des personnes à une doctrine. »

Ainsi en a jugé la Cour Européenne des Droits de l’Homme le 25 mai 1993 dans l’affaire kokkinakis :
« 31. Telle que la protège l’article 9 (art. 9), la liberté de pensée, de conscience et de religion représente l’une des assises d’une « société démocratique » au sens de la Convention. Elle figure, dans sa dimension religieuse, parmi les éléments les plus essentiels de l’identité des croyants et leur conception de la vie, mais elle est aussi un bien précieux pour les athées, les agnostiques, les sceptiques ou les indifférents. Il y va du pluralisme – chèrement conquis au cours des siècles – consubstantiel à pareille société.
Si la liberté religieuse relève d’abord du for intérieur, elle « implique » de surcroît, notamment, celle de « manifester sa religion ». Le témoignage, en paroles et en actes, se trouve lié à l’existence de convictions religieuses. » […]

La liberté de diffusion des convictions religieuses est la conséquence logique de deux formes de libertés qui sont : la liberté de manifester sa religion ou sa conviction et la liberté d’expression.

1. La liberté de manifester sa religion comme fondement à la liberté de diffusion de ses convictions religieuses

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme garantit à toute personne le droit à « la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en commun tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement de rites » (article 18). Cette disposition a été reprise textuellement dans la Convention Européenne des Droits de l’Homme en son article 9.

Cette liberté de manifester ses convictions religieuses peut s’exercer à l’échelle individuelle comme à l’échelle collective, en public comme en privé « …seule ou en commun, tant en privé qu’en public… ». Dans son interprétation la cour va plus loin en mentionnant que la liberté de manifester sa croyance religieuse « ne s’exerce pas uniquement […] dans le cercle de ceux dont on partage la foi… », mais aussi en dehors de ce cercle. Ce qui s’analyse comme une liberté de communiquer ses convictions religieuses d’où la consécration par la Cour de la liberté de diffuser ses convictions religieuses.

2. La liberté d’expression comme fondement à la liberté de diffuser ses convictions religieuses

La liberté de diffusion des convictions religieuses se trouve aussi englober dans celle d’expression. Dans l’affaire Kokkinakis, la Cour examine la liberté de diffusion des convictions religieuses sous l’angle de la liberté d’expression. La Cour précise dans cette affaire que « lorsque l’exercice du droit d’expression consiste dans la liberté de manifester sa religion ou sa conviction pour le culte l’enseignement, les pratiques ou l’accomplissement des rites, c’est le droit garanti à l’article 9 de la Convention (Convention Européenne des Droits de l’Homme) qui est visé au premier chef ». L’interdiction de la première porte atteinte indubitablement à la seconde.

L’article 10 de la CEDH s’emploie à réglementer de manière précise les ingérences étatiques dans l’exercice de la liberté d’expression en son paragraphe premier qui vise : « la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorité publiques et sans considération de frontière ». Cette liberté vaut non seulement (d’après la Cour Européenne des Droits de l’Homme) « pour les informations ou idées accueillies avec faveurs ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l’État ou une fraction quelconque de la population ».

L’entrave à la liberté d’expression et à la liberté de diffusion de ses convictions religieuses est sanctionnée pénalement en France par la loi de 1905 qui a créé pour l’occasion un délit d’atteinte à la liberté de conscience. Son article 31 punit « ceux qui, par voie de fait ou de violence, ou menace contre un individu, soit en lui faisant craindre de perdre son emploi, soit en exposant à un dommage sa personne, sa famille ou sa fortune, l’auraient déterminé à exercer ou à s’abstenir d’exercer un culte ».

Si nous comparons les outils utilisés par les religions établies, nous nous apercevons que les moyens employés sont très importants. Par exemple, le catholicisme tient une place prépondérante dans la presse écrite nationale, quotidiens, hebdomadaires, mensuels, dont les plus connus sont la Croix, Notre Temps, Pèlerin Magazine, Pomme d’api…auxquels s’ajoutent les stations de radio et des programmes de télévision. Le fidèle a toujours un rôle important « d’évangélisateur » ; cette nécessité d’évangéliser a été fortement rappelée dans le deuxième concile du Vatican, c’est « toute l’Église qui a reçu cette charge du Seigneur », et pas seulement le clergé.

Pour l’Islam, cette activité missionnaire est très forte, la religion musulmane est la religion qui a la plus grande expansion mondiale. Pour le Bouddhisme, le recrutement des nouveaux membres se fait principalement par le bouche à oreille, mais on assiste à un renouveau de l’activité missionnaire en France : organisation de conférence par des moines ou des lamas, interviews dans les médias du Dalaï-Lama, etc.